Le contenu ci-dessous correspond à un article paru dans le numéro 168 Mai/juin 2026 du magazine papier de Big Bike magazine
Crédits Texte : Quentin Derbier
Crédit Photos : Nico Joly
Le contenu ci-dessous correspond à un article paru dans le numéro 168 Mai/juin 2026 du magazine papier de Big Bike magazine
Crédits Texte : Quentin Derbier
Crédit Photos : Nico Joly
Si vous êtes attentifs -et on n’en doute pas-, vous avez dû remarquer qu’on a déjà eu ce Xanthos entre nos mains pour le Spécial Test de l’hiver dernier.
Fort de cette première session enrichissante, on a voulu prolonger l’expérience d’un vélo, d’un concept même, qui ne laisse pas indifférent : celui de proposer un format orienté DH, en mulet et doublé té (200mm de débattement avant) ; tout en restant capable d’être Enduro dans l’usage (rendement et débattement arrière).
Avec forcément le risque de se retrouver le cul entre 2 chaises, pas assez stable pour un DH, et trop pataud pour un enduro ? Oui mais non… Explications.
Entre le format à cheval entre la DH et l’Enduro et le design spécifique qui découle de cette conception monopivot en prise directe, vous ne passerez pas inaperçu au guidon de ce Xanthos !
Présentation
On commence à avoir rouler pas mal de vélos de la marque Bucéfal, et on sait donc qu’on a affaire à des conceptions différentes de ce qu’on peut trouver chez la majorité des fabricants.
Ici, tout est fait maison en France au pied des Pyrénées -ça mérite d’être souligné et mis en avant- : de la conception au design, en passant par la fabrication.
Spécialisée dans le carbone, la marque à tête de cheval ne propose que des cadres dans ce matériau, garantissant des vélos aux niveaux de résistance quasiment 2 fois supérieurs à la concurrence, (presque) à l’épreuve des balles donc.
L’autre spécificité, c’est la philosophie de conception portée par l’adage « la simplicité est la sophistication suprême ».
« Less is more » en quelque sorte.
Ça s’applique particulièrement au fait qu’il n’existe qu’un seul cadre VTT Bucefal qui sert de plateforme à tous les VTT tout suspendus (le récent PopUp se démarque avec un point d’ancrage d’amortisseur qui change) de la gamme, les entraxes d’amortisseur, et les tailles de roues faisant varier les débattements et géométries des bikes et donc les segments d’usage.
Un travail de titan réalisé par Dominique Luce, en Ariège, personnage à la passion contagieuse.
Croisé au Roc cette année sous son stand, on n’a pas mis longtemps à repérer ce modèle Xanthos au châssis enduro et à la fourche double té. 6 mois plus tard et le voilà en essai longue durée.
Au niveau de la géométrie, on a un « petit » reach de 465mm pour cette taille L, et un angle de tube de selle incliné à 77°.
On tombe sur une longueur de top tube en 620mm, assez commune à ce qu’on a l’habitude de trouver.
L’angle de direction est couché quant à lui à 63.5° « à cause » de la hauteur des 200mm de la Dorado.
À noter qu’il n’y a que 3 tailles de disponible (M/L/XL).
L’arrière du bike est un petit peu plus particulier avec une longueur de bases en 457mm, plus commun aux valeurs qu’on voit sur des E-bikes, et le boitier est plutôt dans la moyenne haute avec 350mm depuis le sol.
Bucefal Ride Your Future
Cinématique
C’est LE point différenciant de toute l’offre VTT actuelle, et même passée.
Très peu de marques ont fait le choix d’un amortisseur en prise directe, la plus connue d’entre elles étant Orange.
Qui dit absence de biellette dit également ratio linéaire, ou du moins très peu progressif, c’est le cas ici.
Pas forcément une tare –ça permet d’exploiter le débattement disponible plus facilement-, surtout que les amortisseurs modernes sont maintenant pourvu de pas mal de possibilités de réglages pour tendre vers ses préférences, mais qui méritait ici un petit coup de main avec le montage d’un ressort ultra progressif.
Habituellement, les mono pivots offrent des options d’ajustements des forces de freinage assez limitées, en étant plutôt dans des valeurs hautes qui tendent à figer la suspension au freinage.
Pour pallier à ce phénomène, Bucefal a choisi de projeter le point de pivot assez loin en avant du boitier de pédalier et ainsi rester en dessous des 100% d’anti rise, tout en rendant constant la tension de chaine dans le débattement.
Encore un parti pris, qui en plus de pousser encore plus le design particulier, permet de proposer un comportement lui aussi bien spécifique on va le voir.
Impossible de ne pas s’arrêter sur le travail du bras arrière, lui aussi en carbone, ajouré pour servir de guide chaine.
Pour continuer dans les détails qui vont bien, on note la présence de 2 points de graissage, l’un sous le boitier de pédalier, et ‘autre à la douille de direction.
À priori, mieux vaut une petite application de graisse de temps en temps qu’un changement de roulement.
Equipement
On reste dans l’atypique avec un équipement assez particulier pour un gros enduro, mais finalement bien en phase avec le concept d’un bike qui veut jouer sur tous les tableaux du segment gravity.
Premièrement on l’a dit la fourche Manitou Dorado Pro carbone, en 200mm de débattement, qui participe grandement au look du vélo, avec réglage pneumatique de la précharge, puis compression haute/basse vitesses sur le bas du fourreau droit, et détente en haut à droite du té supérieur.
Le tout aux jambages en carbone et protections de plongeurs intégrés. Très classe.
Le duo de suspension est complété par un amortisseur Öhlins ressort TTX, réglable en compression hautes/basses vitesses, détente et précontrainte.
Les freins font également partie de cette luxueuse panoplie, avec les Trickstuff Diretissima en disques Galfer de 203mm.
Autant vous dire que là aussi, on joue la carte de la pièce de collection (en plus d’être redoutable de puissance et modularité sur le terrain) avec un réglage externe de la garde hyper ergonomique.
La transmission est confiée au groupe XT 12 vitesses de chez Shimano, associée au magnifique pédalier Bucefal en plateau de 34 dents et manivelles de 162mm.
On joue la carte de la solidité à toute épreuve au niveau des roues, avec les DT Swiss FR541, en montage mulet only.
Pas les plus light, mais à l’épreuve des pires traitements.
Elles sont chaussées de pneus Schwalbe Magic Mary 2.5, en version Super Gravity Super Soft à l’arrière, mais uniquement Soft à l’avant.
Bucefal nous avouera n’avoir pas réussi à se faire livrer le modèle gomme tendre à temps pour l’avant.
Pas grave, on fera le switch de notre côté.
Le poste de pilotage est tout à fait plaisant avec un guidon alu Pro Taper en 31.8, pluggé sur une potence HXR intégrée au té supérieur de la Dorado, de longueur 45mm.
On a pesé ce Xanthos à 17.2 kg sans pédales (et en taille L donc), pas mal quand on voit le montage bien costaud et les débattements affichés.
Bilan statique
Les +
Look atypique
Conception et montage aboutis
Fait maison
Les –
Prix de l’artisanat
Poignées sans lock on
Ce Xanthos est hyper rassurant dans la pente grâce à 3 facteurs :
1. La roue arrière qui dégage de la place pour bouger.
2. Les freins Trickstuff absolument parfait de toucher et de puissance.
3. Les longues bases arrières qui stabilisent à mort le bike.
Position et réglages
La position est très agréable sur le bike, plus compact que ce que laisse penser le visu, grâce à un reach mesuré.
Ce n’est pas désagréable, on n’a pas besoin de trop tendre les bras pour aller chercher le guidon lui aussi bien relevé.
On pourrait être tenté de baisser un peu les mains, mais c’est forcément limité par le té supérieur de la Dorado.
On verra d’ailleurs qu’entre statique et dynamique, il peut y avoir des surprises à ce sujet… En tout cas on n’est jamais revenu sur cette hauteur au roulage.
Pour les réglages, et grâce à la période de roulage des semaines précédentes pour le Spécial Test (dans lequel ce Xanthos figure), on est parti sur du classique avec les compressions basses vitesses ouvertes à bloc sur l’amortisseur (et les hautes à mi-plage), et la détente ouverte aux deux tiers.
Assez similaires aux bikes de conceptions plus classiques finalement.
Pour la fourche, on s’est globalement référé aux précos du fourreau Manitou (65-70psi), en commençant également avec les compressions fermées de moitié et une détente plutôt rapide.
Comme on l’a dit plus haut, on a aussi switché le pneu avant assez rapidement, en accord avec la marque pour pouvoir vraiment voir ce que le bike avait dans le ventre plus sereinement
Shapé et roulant 5/10
C’est le secteur où on tire le moins parti d’une cinématique super linéaire, et d’un triangle arrière XXL.
Ce n’est pas surprenant et on s’y attendait, à vrai dire on imaginait même qu’il s’en tirerait moins bien, et on l’attribue à l’effet de chaine bien présent tout au long du débattement qui laisse une capacité de réactivité intéressante et un ressort super progressif bienvenu.
Dans les mouvements de terrain, le bike consomme pas mal de débattement devant comme derrière et on a pas tardé à augmenter un peu la pression de la Dorado (5 à 10psi) pour avoir un peu plus de support dans les gros relevés. Idem pour les compressions hautes vitesses fermées à bloc.
En revanche le grip sur l’angle en courbe rapide est royal, l’arrière est collé au sol et on peut engager le vélo sur l’angle comme jamais.
Le bilan est finalement donc correct si on se repose sur la conservation de la vitesse pour enchainer les obstacles, avec de nouveau une assiette qui ne bouge pas d’un poil en l’air, et une maniabilité correcte grâce à la compacité du triangle avant.
Naturel mixte 7/10
On est pas mal ici, avec une super lecture de terrain, surtout à l’avant grâce aux 200mm de la Dorado.
On est comme dans du beurre, il y a vraiment de quoi augmenter ses vitesses de passage grâce au grip délivré devant.
Alors forcément il faudra un minimum de vitesse, et on tentera plutôt la méthode tout droit en serrant le guidon plutôt que bunny uper tous les reliefs qui se présentent, pour garder le speed acquis en amont.
On sent que le cadre est plutôt rigide (surtout devant), ça permet de rester actif sur l’avant du bike pour le placer où on veut sans trop s’épuiser.
L’arrière du bike reste efficace même si c’est moins confort que ce à quoi on aurait pu s’attendre : le début de course est finalement assez ferme mais on ne se voit pas ramollir les compressions davantage vu tout ce qu’on utilise déjà en terrain modérément cabossé.
Facile en sauts, ce Bucefal se distingue là aussi des montures plus classiques : son avant court permet une jolie maniabilité, quand l’arrière long stabilise l’assiette.
Pente et épingle 8/10
Grosse prestation dans la pente avec un sentiment de sécurité pas loin d’être inégalé : ça ne bouge pas d’un poil, merci les bases longues qui donnent vraiment l’impression de ne pas avoir besoin de se mettre en arrière outre mesure. La Dorado fait évidemment le job même si elle consomme plus de débattement qu’une proue en 170mm, ça peut parfois pousser un peu au cul -et c’est pour ça qu’on n’a finalement pas chercher à baisser le poste de pilotage davantage-.
Gros coup de cœur pour les freins, jamais pris en défaut de chauffe ou de garde fluctuante, qu’elle que soit la longueur du run et les conditions météo. Une référence !
Allez là encore ou pourrait espérer un poil mieux de l’arrière sur le premier tiers du débattement, c’est un peu ferme et ça ne mord pas le sol autant que les références de la catégorie enduro, mais c’est tout à fait gérable grâce aux longues bases.
On a tout de même chercher à affiner les réglages en assouplissant aussi les hautes vitesses, mais on perdait trop dans les gros impacts.
On est pas si mal dans les épingles, mieux que prévu en tout cas, avec un arrière qui se balance bien de droite à gauche. Merci l’antisquat élevé qui transfère les mouvements de jambes du rider assez nettement au bike.
Il est donc facile d’alléger l’arrière et s’appuyer sur l’avant pour tourner serré.
Cassant et rapide 8/10
Super bilan avec une géométrie qui fait des merveilles en ligne droite fracassé : ouvert devant avec du débattement, long derrière sans coup de raquette intempestifs.
Bref ça file grave et on se contente de serrer le guidon et rentrer dans à peu près tout ce qui se présente.
On ne met pas le 10 parce qu’il faut quand même se montrer assez fin sur l’angle dans certains moments, avec une Dorado qui peut un peu manquer de rigidité.
Ça twiste parfois fort en virage cabossé, et peut amener sa dose de flou, pour le meilleur si on roule en mode « passager », moins si on est agressif.
On prend le débattement qu’il faut, ce n’est pas hyper confortable derrière mais on sent que le ressort super progressif est bienvenu et complètement justifié sur ce type de bike.
On sent que l’arrière du bike recul bien à l’impact, pas autant qu’un « vrai » point de pivot haut à la mode de nos jours, mais avec une belle quantité d’axes et roulements en moins à entretenir !
Conditions difficiles 7/10
On a assoupli les basses vitesses de la Dorado (les hautes fermées à mi-course) pour avoir un toucher de terrain qui nous convient, en prenant soin de bien choisir sa ligne où mettre les roues DT très rigides qui ne tolèrent pas les approximations.
Pour le meilleur en terrains shapés, durs et secs ; moins quand il faut laisser vivre le bike car ¢a peut remonter fort dans les mains.
Pour le reste on sent que le cadre travaille bien, pas trop rigide pour coller au terrain et apporter la tolérance nécessaire.
Là encore les bases longues aident pour laisser filer sans perdre le grip, ainsi que la linéarité des suspensions qui permet de ne pas butter dans les traitres obstacles.
2 fonctions dans une solution – le bras arrière ajouré fait également office d’antidérailement.
Hyper pratique et surtout fonctionnel sur le terrain avec zéro soucis de sauts de chaine, ni frottements intempestifs même sur les pignons les plus hauts.
Le souci du détail qui a son importance : pour compenser un ratio très linéaire, Bucefal équipe ce Xanthos d’un ressort hyper progressif qui amène le soutien nécessaire en fin de course.
Sur ce modèle Cane Creek, 0n a le SAG classique» d’un 500lbs, el le support d’un 600lbs en fin de course.
Prestation ultra qualitative et consistante des freins Tricks-tuff un sacré argument côté équipement.
Parfaitement aligné avec le style atypique du bike et du montage.
Pédalage et motricité 8/10
C’est la meilleure surprise de ce test, la capacité du vélo à avaler efficacement du terrain, surtout pour des mensurations aussi généreuses.
L’anti squat bien haut fait constamment aller le bike de l’avant au coup de pédale, d’autant que l’amortisseur reste assez immobile même quand on augmente la fréquence.
Même topo en montée technique, avec une adhérence irréprochable, on s’attaque aux pires murs en mode tracteur.
La position assise peut être tenue longtemps grâce au tube de selle bien redressé et encore une fois, aux bases bien longues.
Coup dur pour le plateau en 34 dents, qu’on imagine le plus adapté pour garder l’alignement le plus optimal au travers de bras oscillant, mais qu’on ne peut pas vraiment utiliser en mode chill dès que la pente dépasse les 12-15°.
Bien vu en revanche le pédalier maison en manivelles super courtes de 162mm, parfaitement en phase avec un vélo qui ne demande qu’à progresser dans le relief sans trop se poser de question de savoir si on va toucher le sol.
Face au chrono 8/10
Au-delà de son caractère sécurisant en ligne droite, et qui sait rester dynamique quand il le faut, ce Xanthos est tout à fait capable de jouer les KOM si on sait s’y prendre.
Il faut clairement lâcher en ligne droite, se reposer sur une superbe stabilité latérale pour garder la vitesse, et bien anticiper les virages plus serrés où rester intelligent et le plus rond possible payera toujours plus que d’arriver à bloc et tourner carré.
Et on parle bien de spéciales d’enduro dans ce cas, mais il sera tout aussi capable d’être performant sur des tracés de descente régionaux par exemple, et ça c’est un sacré argument que d’avoir 2 bikes en 1 à ce niveau.
Bilan dynamique
Les +
Concept cohérent sur le terrain
Ratio rendement / capacité d’encaissement
À la fois Enduro et DH
Stabilité sur l’angle et dans la pente
Qualité du freinage
Les –
Mode d’emploi qui demande un temps d’adaptation
Plateau en 34 un peu gros
On s’y attendait, ce bike brille dans les portions rapides et cassantes, qui plus est en terrain dur et compact.
On se repose là encore sur son caractère prévisible et son ultra stablité de l’arrière.
Pour où ? Pour qui ?
Malgré son montage qui peut dénoter, on voit que ce bike ne sort pas de nulle part et qu’il n’a pas été créé pour remplir une case : c’est un vrai concept 2 en 1, qui fonctionne très bien sur le terrain, à condition de ne pas la jouer super actif (ou de rouler sur des trails qui demandent de créer constamment de la vitesse) au risque de vite s’épuiser.
Le bike park ? C’est oui.
Les enduros et DH régionaux ? C’est oui.
La rando montagnarde ? C’est oui, à condition de prioriser les tracés plus directs qu’extrêmement tortueux, ou avoir besoin avant tout de stabilité et sérénité, plus qu’un play bike hyper réactif.
Conseils
On aura souvent tendance à poser l’avant d’abord quand ça brasse, histoire de bénéficier de la super lecture de terrain de la Dorrado. L’arrière suivra et fera largement le job une fois rentré dans le débattement.
Malgré des bases XXL, ce Bucefal reste facile à inscrire en virage. Merci le montage mulet, la réactivité du triangle avant (carbone et dimensions compactes) ainsi que l’antisquat bien présent qui donne du répondant à l’ensemble.
Haut de l’arrière, le bike dispose d’étonnantes aptitudes en dénivelé positif surtout pour les débattements affichés, avec une tension de chaine bien marquée et surtout constante. Il faudra parfois bien engager le buste lors des franchissements, la faute à un avant à la hauteur incompressible (eh oui f faut de la place pour les 200mm de l’avant) mais ça reste gérable, d’autant qu’on peut s’appuyer sur une traction irréprochable de la roue arrière.